La dépression maternelle du post-partum appelée aussi dépression post-natale est une toute autre pathologie. Sa fréquence est de 10 à 15 % des accouchées en France et le début est à 6 ou 8 semaines en post-partum ou après l’accouchement. La durée de cette dépression est spontanément de 6 mois à 1 an. Les recherches ont depuis longtemps montré que les enfants de parents dépressifs sont également exposés à un risque élevé de dépression. Une étude a commencé à éclairer les raisons de cette susceptibilité accrue aux troubles dépressifs.

Etude de comparaison entre le comportement des jeunes qui ont des mères souffrant de dépression

L’un des facteurs les plus étudiés en relation avec la dépression est la façon de réagir au stress. Le système physiologique qui gère la réponse au stress produit du cortisol dans des circonstances de crise. C’est une hormone qui est utile lors de la réponse immédiate au stress, car elle augmente l’énergie nécessaire à l’organisme pour faire face au moment de la crise. Lorsque le stimulus générateur de stress se résorbe, les niveaux de cortisol reviennent à leurs valeurs précédentes. Chez les femmes vulnérables à la dépression, cependant, une forte concentration de cortisol a été constatée même à des moments où il n’y a pas de stress à gérer. Cela signifie que les personnes sujettes à développer des troubles dépressifs ont une susceptibilité accrue au stress, c’est-à-dire un mode de réaction modifié aux événements stressants, en raison de l’excès de cortisol basique. L’équipe de chercheurs qui a mené l’étude a recruté 38 sujets de 22 ans dont les mamans souffraient de dépression post-partum après leur naissance. Ce groupe a été comparé à un autre échantillon de sujets dont les mères n’avaient pas souffert de dépression postpartum.

Dépistage de la dépression du postpartum

Les participants ont été mesurés pour les niveaux de salive de cortisol pendant une tâche standardisée augmentant le stress. La tâche consistait à parler de soi à des inconnus, puis à effectuer à haute voix une opération mathématique non triviale, comme compter à rebours à partir de 2023 et soustraire 17. Ce paradigme permet donc de tester le stress social, puisque les participants ont effectué la tâche avec des femmes inconnues. Les résultats ont indiqué que le groupe de sujets dont la mère était dépressive a montré une réponse physiologique accrue au stress. Leur taux de cortisol salivaire a augmenté pendant la tâche, atteignant un pic dans les 10 minutes avant de diminuer et de revenir au même niveau que le groupe témoin. En outre, les sujets qui présentaient des symptômes d’anxiété et de dépression plus importants ont montré une concentration de cortisol plus élevée dans des conditions non stressantes, ce qui, comme nous l’avons vu, est conforme aux recherches précédentes.

Il est important de noter que si les enfants de mères souffrant de dépression post-partum présentaient cette altération de la réaction aiguë au stress, il a également été observé que leur taux de cortisol revenait aux mêmes valeurs que le groupe de contrôle après environ 45 minutes de la tâche stressante. Le groupe témoin, en revanche, a eu une réponse globale plus douce, c’est-à-dire sans pics. Les auteurs interprètent cela comme une réponse plus dynamique au stress du groupe de mères déprimées, ce qui ne doit pas nécessairement être considéré comme un aspect négatif. Il ne faut pas oublier que de nombreuses autres variables contribuent au développement de troubles psychologiques chez l’enfant, comme la durée de la dépression chez le parent, la présence d’autres événements négatifs de la vie à l’intérieur et à l’extérieur du foyer et le bien-être psychologique du père. La présence d’une femme souffrant de dépression post-partum ne conduira donc pas nécessairement à une psychopathologie chez l’enfant, même si elle affectera sa capacité à répondre au stress.

Les effets d’une mère dépressive sur le bébé

Sur la base des études réalisées jusqu’à présent, on peut dire que la capacité du bébé puis de l’adulte à réagir au stress est largement déterminée par les interactions avec les femmes pendant la première année de vie. En fait, dans cette période, il est crucial que le bébé établisse une relation avec une femme capable de répondre avec empathie à ses besoins et de refléter ses états émotionnels. La dépression post-partum, surtout si elle n’est pas correctement traitée, contribue à altérer ce processus intersubjectif naturel entre la maman et le bébé. Ce facteur peut également avoir des effets sur l’enfant à l’âge adulte, comme une réponse modifiée au stress. Les effets sur l’enfant d’une relation avec une maman dépressive et repliée sur elle-même peuvent être observés à travers cette situation expérimentale conçue par un psychologue. L’expérience, appelée « still face”, comporte trois phases, le jeu normal avec l’enfant, l’immobilité de la mère, le rétablissement de la relation.

Baby blues et dépression post-partum : quelles différences ?

Si plus de la moitié des jeunes mères connaissent le baby blues, elles ne sont heureusement que 10% à souffrir d’une dépression après l’accouchement (dépression post-partum). Il ne faut pas confondre les deux. Le baby blues apparaît dans les trois jours après l’accouchement et disparaît en deux semaines maximum. Ce n’est pas une maladie, contrairement à la dépression post-partum, plus longue et marquée par un état clinique plus sévère culpabilisation intense, sensation d’être incapable d’avancer, fatigue.

Les réactions des bébés

Comme vous l’avez peut-être remarqué, lorsque la maman devient immobile et ne répond pas aux besoins de son enfant, l’enfant ne comprend pas dans un premier temps et tente de rétablir la relation, puis commence à se rebeller, jusqu’à ce qu’il pleure désespérément en guise de dernière stratégie pour activer la mère. Il s’agit bien sûr d’une situation expérimentale qui n’aura aucun effet sur la santé de l’enfant, mais de telles situations seraient continues et plus durables dans le cas d’une mère souffrant de dépression. Il est donc important que la dépression post-partum soit correctement traitée, de manière à minimiser ses effets sur l’enfant et, par la suite, sur l’adulte. La dépression post-partum est due à différents facteurs hormonaux, psychologiques et environnementaux. Un traitement intégré est donc la meilleure solution pour soutenir la maman en difficulté.