Nous sommes désormais habitués à voir apparaître ce symbole facilement identifiable et attrayant qui remporte un grand succès dans les ventes de bijoux. Il gagne aussi du terrain dans le domaine de la décoration et de l’aménagement intérieur.

Un symbole en vogue aux sombres racines ésotériques

L’arbre de vie est directement associé à des sentiments positifs, car son image nous renvoie à la nature, à l’enracinement, à la croissance. Il nous rappelle également l’arbre généalogique et nous fait penser à l’importance de la famille et à toute la considération que nous portons à ceux qui nous ont précédés.

Récemment, l’utilisation de ce symbole a pu être observée dans le cadre de la Journée mondiale contre le cancer du sein ou dans la réalisation d’une sculpture de grand format comme représentation d’un Arbre de vie, afin d’envoyer “un message de soutien aux patients”, ou d’écrire “des sentiments et des préoccupations et de déposer des messages d’espoir et d’encouragement”.

Un simple bijou et un ornement ? Un symbole universel utilisé comme décoration ou comme initiative murale de solidarité ? Oui, mais bien plus encore.

Il ne faut pas chercher trop loin pour trouver, dans les promotions autour de ce symbole, une explication détaillée de son contenu spirituel profond. Utilisé dans diverses cultures et civilisations, il serait aussi aujourd’hui une source de force spirituelle, un lien entre le monde supérieur et le monde inférieur, apportant sagesse, sécurité et force à celui qui le porte.

Ainsi, il est considéré comme une amulette protectrice, un talisman qui protège de tout ce qui est négatif (le mauvais œil) et qui est lié aux énergies positives, à un sentiment de positivisme, de rémission, de guérison et de régénération, tant spirituelle que corporelle. Tout ceci lui octroie sa facette pseudo-thérapeutique du New Age, dans laquelle toute référence à l’harmonie, aux bonnes vibrations ou à l’énergie positive est si répandue.

Les partisans de cet attribut assurent qu’il attirera vers eux les énergies positives qui les feront grandir en tant que personne, tout comme les branches des arbres poussent afin d’atteindre l’abondance, la tranquillité et la prospérité tant désirées. Et plus encore, parce qu’il s’agit d’un “pont entre cette vie et la suivante”.

Des racines bibliques ?

Dans la rétrospective historique que font ses promoteurs en retraçant la présence de ce symbole dans les différentes cultures et religions, ils se réfèrent à son apparition dans la Bible, plus précisément dans son Livre premier. Nous trouvons en effet dans la Genèse, deux arbres fondamentaux pour expliquer les origines de l’univers et de l’être humain.

Le Livre qui figure la Torah juive et les Saintes Écritures chrétiennes évoque deux arbres principaux dans le jardin d’Éden. Nous lisons dans la Genèse 2:9 : “Le Seigneur Dieu a fait pousser du sol toutes sortes d’arbres, beaux à regarder et bons à manger, et l’Arbre de vie au milieu du jardin, et l’Arbre de la connaissance du bien et du mal”.

Il faut insister sur le fait qu’il s’agit des deux arbres, même si cela semble répétitif, car dans certaines explications actuelles de la signification arbre de vie, il est confondu avec l’autre, celui qui est le plus connu pour être l’objet du péché d’Adam et Ève.

Ce qui est souvent omis, c’est que la foi chrétienne parle bien de ce symbole, mais en l’identifiant à la croix du Christ, qui est le véritable arbre qui donne la vie éternelle au monde. Ceci est répété dans la liturgie de l’Église (voir, par exemple, l’hymne médiéval Crux Fidelis).

La Kabbale entre en scène

En rapport avec ces racines bibliques, et en laissant de côté toutes les interprétations celtiques, égyptiennes ou persanes, parmi tant d’autres, la plupart des versions de cet emblème font référence à son origine kabbalistique. La Kabbale n’est rien d’autre qu’une dérive mystique du judaïsme qui aboutit finalement au gnosticisme et à l’ésotérisme.

Dans la Kabbale, l’image de ce symbole revêt une grande importance directement liée à son concept de divinité. Dans le Livre de la création (Sefer Yetzirah), on lit que Dieu créa le monde par les 22 lettres de l’Alephate hébreu et les 10 chiffres. Ces nombres sont appelés Séphiroth (sphères ou couronnes).

Il est courant de trouver dans les livres de la Kabbale les dix Séphiroth représentés schématiquement sous la forme de ce symbole ou “Arbre séphirotique”. Ainsi, en une seule image, nous pourrions contempler la création de tout ce qui existe à travers les émanations successives du Très-Haut.

La clé occulte

Dans le prolongement de la Kabbale, nous pouvons franchir une nouvelle étape, ce qui est très courant lorsque nous pénétrons sur le terrain du New Age et tomber ainsi dans l’ésotérisme le plus pur.

Nous pouvons le faire, par exemple, par Dion Fortune (1890-1946), un important auteur occultiste britannique et fondatrice de la Society of the Inner Light (Société de la lumière intérieure). Dans son célèbre livre Psychic self-defense, elle déclare catégoriquement que “dans la Kabbale, nous trouvons l’ésotérisme de l’Ancien Testament”.

Dans cette perspective, elle écrit que dans ce système de pensée gnostique, “le Créateur est conçu comme amenant l’univers à se manifester par une série d’Émanations divines, au nombre de dix. Elles sont appelées les dix Saints Séphiroth et sont représentées dans un diagramme particulier. C’est le fameux Arbre de vie, la clé de toute symbolique”.

L’auteur établit les liens de ce symbole avec l’astrologie, puisque “les planètes, les éléments et les signes du zodiaque sont tous intimement liés aux Séphiroth, étant disposés sur cet arbre selon un schéma connu seulement des initiés”. Il s’agit là d’un argument classique de l’ésotérisme : un savoir unique réservé à quelques-uns.

Une “chrétienté” fausse et confuse

Dion Fortune insiste sur le fait qu’il s’agit là d’un concept clé dans la connaissance du divin : “la doctrine des dix Saints Séphiroth, disposés selon une structure précise pour former l’Arbre de Vie, est inestimable pour nous permettre de concevoir l’Invisible”. Il n’est donc pas surprenant que l’auteur ait consacré un traité entier à ce sujet : la Kabbale mystique.

Comme c’est également très courant dans le New Age, elle mélange les termes chrétiens dans son traitement du sujet, lorsqu’elle dit que “l’occultiste n’ignore pas le pouvoir du Christ ; il le reconnaît parmi la hiérarchie des forces suprêmes de l’univers, bien qu’il ne soit peut-être pas prêt à lui attribuer la position exclusive qu’il occupe dans le cœur du mystique chrétien. Dans la tradition occidentale, elle est symbolisée par Tifareth, la Séphira centrale des dix Saints Séphiroth de cet Arbre kabbalistique”.

Elle parle “du Christ” en tant que force suprême, en tant qu’énergie universelle. D’où la déformation du discours du New Age et de l’ésotérisme lorsqu’ils utilisent des termes chrétiens. D’où également l’ambiguïté et le danger de ce qui, en principe, semblait être un simple symbole de sens positif et de “bonnes vibrations”.

Au fond, ce n’est rien d’autre qu’une autre amulette, un autre objet de réminiscences superstitieuses et magiques (et même occultes), comme nous l’avons vu. Rien qui puisse nous rapprocher de Dieu, mais plutôt nous enfermer chaque fois plus dans une spiritualité auto-référentielle pleine d’harmonie et d’énergies… qui ne viennent pas de Lui.